People-pleasing : pourquoi arrêter de toujours vouloir plaire aux autres

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Dans mes accompagnements en alimentation intuitive, il y a un fil que je retrouve chez presque toutes les femmes que je suis, qu’elles aient un TCA, une alimentation troublée ou « simplement » une relation compliquée à la nourriture : elles sont ce qu’on appelle des « people pleaser », et cherchent énormément à plaire aux autres. Résultat : elles ont tendance à s’oublier, à ne pas prendre en compte leurs propres besoins.

J’ai déjà beaucoup parlé du syndrome de la bonne élève et du perfectionnisme sur mon podcast, ces traits qu’on nous apprend à entretenir quand on est une femme. Le people pleasing va avec, un peu main dans la main, mais ce n’est pas exactement la même chose.

Et je trouve qu’on ne le relie pas assez à notre rapport au corps et à la culture des régimes, alors que pour moi c’est une des racines du problème, de pourquoi les femmes nous avons un rapport aussi difficile avec notre corps et notre alimentation.

Si tu t’es déjà dit « mais moi je suis trop une people pleaser, help me », cet article est pour toi. On va voir ce que c’est vraiment, pourquoi on est autant concernées, ce que la diet culture en fait, ce que ça donne notamment pendant les fêtes de fin d’année qui arrivent (spoiler : c’est le « people pleasing land ») et surtout comment commencer à s’en libérer.

Bonne lecture !

🎧 Vous pouvez aussi écouter mon épisode de podcast correspondant ! Dispo sur vos plateformes en tapant « Reset ton assiette » (et sur YouTube en version filmée !)

C’est quoi, le people pleasing ?

Le people pleasing, c’est le fait de vouloir plaire.

Plaire aux gens autour de nous, à la société, plaire en général. People, les gens, pleaser, celui ou celle qui fait plaisir.

On parle aussi parfois de la « good girl », la gentille fille : celle qui s’écrase un peu, qui ne s’affirme pas, qui ne fait pas de vagues. Et selon ce qu’on lit sur le sujet, 54 % des femmes se disent people pleasers.

Chez les hommes, on est très loin de ça.

Ce que ça donne au quotidien pour les femmes (charge émotionnelle)

Une femme people pleaser cherche l’appréciation et la validation des autres, mais pas seulement. Elle veut que tout le monde se sente bien en sa présence.

C’est ça, la vraie dimension du truc : faire en sorte que les gens nous trouvent agréables, qu’il n’y ait pas de tension, pas de déception, pas de froissement.

Ça renvoie aussi à ce qu’on appelle la charge émotionnelle.

Dans un couple, dans une famille, c’est souvent la femme qui demande si tout va bien, qui s’adapte quand quelqu’un a une émotion désagréable, qui sonde l’ambiance.

Si quelqu’un réagit mal à un truc qu’on a dit, on se sent mal pendant des heures. On anticipe les besoins de tout le monde. Et peut-être que tu l’as déjà remarqué : ton conjoint, lui, n’anticipe pas forcément les tiens, ni ceux de la famille.

Alors oui, on pourrait se dire « mais c’est très bien, Juliette, d’être appréciable ». Sauf que le problème, c’est ce qu’on laisse sur le chemin : les femmes people pleasers se passent en dernier.

Elles s’adaptent aux autres plutôt que de s’adapter à elles-mêmes, ou de faire en sorte que les autres s’adaptent. Elles se soumettent un peu aux besoins et aux désirs des autres pour être appréciées. Et à force d’anticiper pour tout le monde, on se retrouve avec une surcharge émotionnelle et mentale qui épuise.

Se reposer sans culpabiliser devient alors presque impossible, j’en parle dans Pourquoi tu culpabilises de te reposer (et comment retrouver ce droit).

Pourquoi les femmes sont plus concernées par le people pleasing

Rappelle-toi quand tu étais petite. Qu’est-ce qu’on te disait ?

« Sois gentille, sois sage, sois polie, souris à la dame, fais un bisou. »

Très tôt, on nous a conditionnées à être gentilles, disponibles, à penser aux autres. Et je précise, parce que c’est important : le but n’est pas de devenir quelqu’un d’imbuvable demain matin.

Le souci, ce n’est pas la gentillesse en soi. Le souci, c’est d’être trop gentille, c’est de se laisser écraser et de ne pas s’affirmer. C’est ça qui nous bloque.

Ce n’est pas une question de gène de « la femme qui veut toujours plaire ». C’est de la socialisation, rien d’autre. On est socialisées dans le care, dans le fait de prendre soin des autres, et le people pleasing a une vibe très proche de ça.

Au boulot, on le voit tout le temps : ce sont souvent les femmes qui pensent au pot de départ, qui organisent le Secret Santa, qui lancent les initiatives de bonne entente.

Femmes et hommes : un rapport différent au people pleasing (dû à notre socialisation)

Les hommes, on leur demande beaucoup moins d’être comme ça. On leur apprend moins à nier leur plaisir ou à mettre les besoins des autres en priorité.

Ils osent, ils risquent, ils s’affirment.

Et on leur apprend aussi à réprimer leurs émotions, ce qui, soit dit en passant, est un effet du patriarcat : difficile d’anticiper les émotions des autres quand on a du mal à gérer les siennes. (Je ne dis pas que tous les hommes sont comme ça, ni que toutes les femmes le sont, ce sont des tendances. Mais elles sont là)

Et l’intérêt de nous socialiser de cette façon ? Eh bien le patriarcat adore les femmes qui ne prennent pas de place. Une femme people pleaser ne prend pas de place du tout, elle n’est même plus là.

Et le plus fort, c’est qu’elle s’efface de son plein gré, parce qu’on lui a mis dans le crâne qu’elle devait s’effacer. C’est la même mécanique que pour l’appétit, que j’explore dans Ton appétit a toujours été contrôlé (et comment t’en libérer) : on nous a appris à nous faire petites, jusque dans notre assiette.

People pleasing et culture des régimes : le cocktail explosif

C’est là que je fais le lien avec ce que je raconte depuis des années sur le podcast. Pour moi, la culture des régimes s’engouffre dans les failles de notre socialisation, et le people pleasing en est une énorme. Elle s’appuie dessus à deux niveaux.

Plaire à la société

Le premier étage, c’est le people pleasing général : on cherche à plaire aux normes de beauté, à correspondre au diktat de la minceur, parce qu’on veut ne pas être rejetées, on veut que les autres pensent qu’on est une belle femme, une « bonne » femme. Du coup on cède, on se conforme.

Plaire à ses proches

Le deuxième étage, c’est le people pleasing envers nos proches.

Beaucoup de mes clientes ont fait un régime parce que leur famille leur a dit d’en faire, parce qu’on leur a fait des remarques sur leur poids, parce qu’on leur a dit « tu es en train de grossir ».

Ça peut aussi venir des camarades de classe : quand on a subi des brimades sur son poids petite, on a compris qu’on pouvait être rejetée à cause de lui. Alors on fait un régime pour être acceptée. Et être acceptée, c’est plaire.

La grossophobie, une peur du rejet

Même la grossophobie, au fond, c’est une peur du rejet.

Pourquoi on ne veut pas être grosse ? Parce qu’on ne veut pas qu’on nous dise qu’on est moche, qu’on n’a pas de volonté, qu’on n’est pas en bonne santé.

Parce qu’on ne veut pas être exclue.

La société a hiérarchisé les corps, avec une forme de supériorité morale à être mince : les personnes minces seraient de « bonnes personnes ».

On l’a intégré malgré nous.

Et quand on est people pleaser, le calcul est vite fait : si je suis grosse, je ne plairai pas.

Donc plus on cherche à plaire, plus les messages de la culture des régimes nous atteignent. Si ce sujet te parle, j’ai aussi écrit sur Manger sans grossir : pourquoi ça ne devrait pas être ton objectif.

Le people pleasing et la diet culture, c’est la combinaison parfaite pour t’empêcher de vivre ta vie, de prendre ta place, de t’affirmer, d’oser, dans tous les sens du terme.

Et c’est exactement ce que je vois dans mes accompagnements : les besoins des autres, on les écoute. Les siens, ceux de son corps, sa faim, ses envies, beaucoup moins. Revenir à l’alimentation intuitive, c’est justement réapprendre à écouter ça, et on ne peut pas y arriver sans regarder de près la people pleaser qui est en nous.

Fêtes de fin d’année : le people pleasing land (et comment dire non aux remarques sur ton assiette ou ton corps)

Je ne pouvais pas parler de people pleasing sans parler des fêtes.

Pour moi, c’est le théâtre de tout ça. Quand tu regardes bien, ce sont très souvent les femmes qui font les fêtes : l’organisation, les cadeaux, les repas. On parle de plus en plus de la charge mentale, et les fêtes de fin d’année en sont une illustration parfaite.

Le people pleaser, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à dire non.

Donc on cuisine pour 18 personnes parce qu’on s’est engagée sans oser dire non. On fait semblant d’être ravie d’un cadeau pour ne pas froisser.

Parfois, on mange plat qu’on n’aime pas, ou alors qu’on n’a plus faim, parce qu’on ne veut pas vexer la personne qui l’a préparé.

On encaisse les remarques sur notre corps, notre poids, notre assiette, parce qu’on ne veut pas être désagréable, on ne veut pas répondre « f*ck it, je t’emmerde ». Alors on prend sur nous et on fait un petit sourire. Là, c’est la people pleaser qui a pris la main.

On est hyper arrangeantes, c’est de la suradaptation, et c’est crevant.

Anticiper les besoins de tout le monde, deviner ce que les autres pensent de nous… et pour quoi ? Parce que, guess what, on ne plaira jamais à tout le monde. C’est logique, mais c’est terriblement difficile à intégrer quand on est people pleaser.

Comment arrêter d’être people pleaser

Si tu as l’impression d’être une people pleaser, que tu n’oses pas dire non, poser tes limites, t’affirmer, voilà ce que je te propose.

1. Repérer où tu es people pleaser

Le premier pas, c’est tout simplement de constater : à quel endroit de ta vie, avec qui, sur quels sujets tu es people pleaser. Rien que ça fait des merveilles.

Je pense que le premier step de tout, en alimentation intuitive comme dans le rapport au corps, c’est l’observation. Et c’est révolutionnaire pour une femme, parce qu’on ne nous a pas appris à voir la people pleaser qui est en nous.

2. Sonder tes envies

Ensuite, apprends à sonder tes propres envies. Ça vaut pour l’alimentation, mais aussi pour tout le reste : un film, une sortie, un week-end.

Quand on te propose quelque chose, demande-toi si tu en as vraiment envie, ou si tu le fais pour arranger quelqu’un, pour ne pas le froisser. Si ton conjoint veut voir un film d’action et que toi tu en as envie d’un autre, est-ce que tu renonces automatiquement à ton envie ?

Ça paraît bête comme exemple, mais le people pleasing, c’est souvent ça : des envies, des aspirations, et on ne les suit pas parce qu’on pense que l’autre ne sera pas content. Respecte les tiennes. Tant pis pour les autres.

3. Dire non (et arrêter de t’excuser)

On est des championnes du « désolée, désolée », notamment dans les mails au travail.

Déjà, arrête de t’excuser quand tu n’as rien fait.

Et ose dire non : « non, ça ne me va pas », « non, je ne suis pas dispo », « non, je ne me sens pas de faire ça ». Il y a des choses que tu ne veux pas ou ne peux pas faire, et c’est tout.

Je sais que c’est difficile pour nous, aussi parce qu’on vit dans une société où le consentement des femmes est souvent aux oubliettes, et où on ne se demande même plus à soi-même si on est OK.

Alors demande-toi si tu en as envie, et ose dire non. Pendant les fêtes, ça peut être : « je ne veux pas que tu commentes mon corps », « je ne veux pas que tu commentes mon assiette », « non, merci, je ne mange pas de ça ».

Entraîne-toi même à dire non plutôt que oui dans ta journée, juste pour voir ce que ça change. Et si ça fait trois heures que tu fais la vaisselle et qu’aucun mec n’a bougé de la table, tu peux très bien dire « toi, tu viens faire la vaisselle, ce n’est pas toujours moi ».

4. Accepter de ne pas plaire à tout le monde

C’est sans doute le plus dur. Il faut accepter que certaines personnes n’aimeront pas qui tu es, que certaines te critiqueront, que tu seras parfois un peu désagréable, si c’est pour te préserver et te faire passer en priorité.

De toute façon, en tant que femme dans une société patriarcale, on perd tout le temps : jamais assez belle, jamais assez mince, jamais assez ceci ou cela. La liste fait trois mètres de long. Alors autant embrasser le fait de ne pas plaire.

Ce qui m’a le plus aidée à déconstruire mon people pleasing, c’est le féminisme, et l’estime de soi qui va avec.

Développer une meilleure estime de soi pour se protéger du people pleasing

L’ennemi du people pleasing, c’est une bonne estime de soi : quand tu t’estimes, les gens qui ne sont pas contents peuvent aller voir ailleurs.

Quand tu sors de la culture des régimes, des injonctions à être belle, tu vas déplaire, mais who cares ? Une femme qui plaît à la société patriarcale, c’est une femme docile : qui ne parle pas, qui n’exprime ni ses besoins ni ses pensées, qui ne dit pas non.

Moi, je n’ai pas envie d’être cette femme-là. J’ai envie de dire non quand j’ai envie de dire non, oui quand j’ai envie de dire oui, de poser mes limites et de déplaire, tant pis.

Je suis dans ma bad bitch era, ma « vilaine era ». J’en ai marre d’être la bonne poire, la Rachel de Friends dont tout le monde se moque un peu. Pourquoi on devrait être à la botte des gens, leur supplier de l’attention, de l’amour ? Soyons la méchante de l’histoire, ce n’est pas grave.

Si je voulais me conformer à ce que tout le monde attend de moi, je serais probablement encore en plein TCA, et je ne ferais plus rien. C’est ça le vrai coût du people pleasing : on se limite énormément.

Répète-toi ça : je suis moi, et c’est déjà bien assez.

Se libérer du people pleasing, c’est devenir vivante

Je tiens à le redire : se libérer du people pleasing, ce n’est pas devenir égoïste, ni envoyer bouler ses proches.

C’est juste regarder les moments où tu rognes sur toi, où tu fais des courbettes, où tu anticipes les besoins de tout le monde, et revoir ta copie. Tu vas économiser de la charge mentale et de la charge émotionnelle, tu vas t’affirmer, t’estimer, enfin t’écouter à tous les niveaux.

Pour moi, ne plus être people pleaser, c’est devenir vivante. C’est arrêter de vivre en fonction de l’approbation des autres, et choisir une vie où tu as le droit de prendre de la place, de t’exprimer, de dire « hey, j’existe ».

Une vie où tu existes pour toi, pas pour faire la gentille. Et il n’y a que toi qui vis ta vie, après tout : si tu déplais à ta famille ou à certains hommes parce que tu suis ce que tu as envie d’être, ils s’en remettront.

Si on veut être imperméables à la culture des régimes, aux attentes de la société, aux injonctions de beauté, ça passe beaucoup par revoir notre socialisation, et donc le people pleasing, qui est une des failles où tout ça s’engouffre. C’est une question d’intérêt public, vraiment. Libérons-nous, les meufs.

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FAQ : people pleasing et rapport à l’alimentation

C’est quoi un people pleaser ? Une personne qui cherche à plaire aux autres, à être appréciée et validée, et à faire en sorte que tout le monde se sente bien, souvent au détriment de ses propres besoins et envies.

Pourquoi les femmes sont-elles plus souvent people pleasers ? Parce qu’elles sont socialisées très tôt à être gentilles, sages, disponibles et à prendre soin des autres. C’est un conditionnement, pas un trait de caractère « naturel ».

Quel est le lien entre people pleasing et culture des régimes ? Plus on cherche à plaire, plus les normes de beauté et le diktat de la minceur nous atteignent, notamment par peur du rejet. C’est aussi pour ça qu’écouter ses propres besoins, y compris alimentaires, passe par le fait de se libérer du people pleasing.

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