C’est une question qu’on me pose souvent, quand je montre que je mange de tout, notamment des aliments gras et sucrés, ou quand je vais au restaurant. « Juliette, en mangeant comme ça, au resto et tout, t’as pas peur de grossir ? Comment tu fais pour manger sans grossir ? »
Honnêtement ? Mon corps se régule, j’ai mon poids de forme, et surtout je ne me pèse pas donc je ne sais même pas précisément si je « grossis » ou pas. Mais oui, techniquement, je mange sans grossir.
Et je sais que ça peut faire un peu rêver. Peut-être que tes yeux pétillent un peu, là, en lisant ça.
C’est normal : on vit dans une société grossophobe, et beaucoup de professionnels l’ont bien compris. Ils savent que c’est exactement ce que tu as envie d’entendre, alors ils te le vendent : « avec mon programme, tu vas manger librement et rester à ton poids de forme, t’inquiète. »
Sauf que je trouve ça triste. Vraiment triste que, pour beaucoup de femmes, l’objectif ultime reste encore de mincir sans se priver, ou de manger sans grossir. C’est pour moi de la culture des régimes, juste déguisée autrement.
Je t’explique tout dans cet article/épisode : pourquoi ça reste encore de la culture des régimes et comment se libérer de cette question de grossir ou non.
Bonne lecture !
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Pourquoi « manger sans grossir » reste un objectif grossophobe
Grossir = mal, mincir = bien : la dualité qu’on ne questionne jamais
Se dire « t’inquiète, tu vas manger sans grossir », c’est reconduire l’idée que grossir est horrible et qu’il faut l’éviter à tout prix.
C’est exactement la même mécanique que « mincir sans se priver » ou « maigrir sans régime » : on reste piégée dans cette dualité : mincir, c’est bien ; grossir, c’est mal.
Je ne te juge pas si cet objectif t’attire : la peur de grossir est une vraie phobie sociale, entretenue par la société grossophobe dans laquelle on vit.
Mais ce n’est pas une raison pour y mettre les pieds en plein dedans, encore moins pour la nourrir.
Un vrai red flag chez les professionnel·les de santé
Si un·e pro – même en alimentation intuitive, même spécialisé·e en TCA – te met en avant l’argument « tu vas pouvoir manger sans grossir », c’est un red flag.
Ça reste un argument de la culture des régimes, qui sous-entend que ton poids ne doit surtout pas augmenter, et que s’il baisse, c’est une réussite.
D’ailleurs, ce n’est même pas ce que prône l’alimentation intuitive à la base.
Dans son livre, Evelyn Tribole ne présente jamais cette approche comme une méthode pour « revenir à ton poids de forme ». Si cette idée circule, c’est souvent le fait d’éditeurs peu scrupuleux, pas de la philosophie elle-même.
Le vrai problème : rester focalisée sur ton poids
Le souci avec « manger sans grossir », même quand ça semble rassurant au début, c’est que ça te maintient prisonnière d’un chiffre.
Et moi, ce que je veux pour toi, ce n’est pas que tu manges intuitivement pour stabiliser ton poids. Je veux que tu le fasses parce que tu en as marre de la culture des régimes, parce que tu as envie de te rebeller contre les diktats de la minceur pour la liberté, pas pour le contrôle.
Parce qu’en réalité : comment veux-tu arrêter de te voir comme un chiffre ambulant, si tu espères toujours que ce chiffre baisse (ou reste stable) ?
C’est impossible. Se peser régulièrement, garder cette carotte du « poids stable » en tête, ça renforce justement l’idée que ton poids est important alors qu’il ne l’est pas, même pour ta santé.
Plus tu acceptes l’idée de grossir, plus tu es libre
Voici quelque chose d’important : plus tu es OK avec l’éventualité de grossir, maintenant ou plus tard, plus tu es libre.
Libre des variations de ton poids.
Libre de cette image que tu penses devoir entretenir. C’est précisément là que se trouve la vraie liberté, et c’est là que tu peux vraiment t’écouter et prendre soin de toi, sans être centrée sur ton poids.
Et si tu grossis quand même ?
Voici la vraie question à te poser : si demain tu prends 2, 3 ou 5 kilos pour n’importe quelle raison, un événement de vie, une variation hormonale, l’âge qu’est-ce que tu fais ? Est-ce que tu remets en question tout le chemin que tu as fait ?
Si la réponse est oui, c’est le signe que ton parcours n’était pas ancré dans une vraie identité, mais posé sur un château de cartes : à la première brise, tout s’effondre, et tu repars dans un régime.
C’est un schéma que je vois très souvent chez des clientes qui avaient déjà « fait » de l’alimentation intuitive avant de venir me voir. Elles savaient tout, intellectuellement, sur la grossophobie et le féminisme, mais rien n’était ancré dans leurs actions.
Le deuil du contrôle à faire
Prendre du poids ne veut pas dire que tu as « mal fait » l’alimentation intuitive.
Ton corps varie, vieillit, change et ça, tu ne peux pas le contrôler.
Faire la paix avec ça, c’est ce qu’on appelle le deuil du contrôle : tant que tu n’as pas fait ce deuil, le poids reste un enjeu, et donc un obstacle à ta liberté.
Vise une ambition plus grande que ton poids
Alors oui, sur le papier, « manger sans grossir » peut sembler séduisant : la grossophobie ambiante parle fort.
Mais n’en fais pas ton objectif de vie. Tu mérites mieux qu’une existence rythmée par la question « est-ce que j’ai grossi, est-ce que j’ai maigri ».
La vraie transformation, ce n’est pas de comprendre intellectuellement que la grossophobie est un problème.
Beaucoup de femmes le savent déjà très bien et restent quand même bloquées dans leurs actions. C’est un travail d’identité : arrêter de faire des petits compromis avec la toi de la culture des régimes (« je tente l’alimentation intuitive, mais si je grossis trop, j’arrête tout »).
C’est incarner une identité qui rejette vraiment l’idée que le poids est ta valeur.
Demande-toi honnêtement : est-ce que tu es sereine à l’idée que ton corps change ?
Est-ce que ta balance est encore dans ta salle de bain, et si oui, pourquoi ?
Si la peur de grossir dicte encore tes actions au quotidien, même en connaissant toute la théorie, c’est exactement le travail qu’un accompagnement peut aider à ancrer.
3 pistes concrètes pour sortir de l’objectif « manger sans grossir »
Cherche l’ambition derrière l’objectif : remplace « je veux manger sans grossir » par « je veux manger librement, quel que soit mon poids » et observe ce que ça change dans tes choix du quotidien.
Questionne la présence de ta balance ou du body checking : si tu te pèses encore régulièrement, demande-toi honnêtement pourquoi et ce que ça t’apporterait de t’en détacher.
Pose-toi la question du « et si » : si demain tu prenais du poids, remettrais-tu tout ton parcours en question ? La réponse te dit où tu en es vraiment.
Envie de travailler ce chemin identitaire pour de bon et sortir de la peur de grossir ? Découvre mon accompagnement individuel RESET ou le programme Sors du Moule sur le rapport au corps. Tu peux aussi réserver un appel découverte pour qu’on en parle directement.
FAQ : manger sans grossir
Peut-on vraiment manger librement et intuitivement sans prendre de poids ? Chaque corps réagit différemment, et le poids dépend de nombreux facteurs (génétique, hormones, âge) qu’on ne contrôle pas entièrement. Ce n’est de toute façon pas l’objectif de l’alimentation intuitive : il s’agit de manger en écoutant ses signaux, pas de viser un résultat sur la balance.
L’alimentation intuitive permet-elle de retrouver son poids de forme ? C’est parfois observé, mais ce n’est ni une promesse ni le but de l’approche. En faire un objectif revient à rester focalisée sur le poids, ce qui va à l’encontre de la philosophie de l’alimentation intuitive.
Pourquoi j’ai encore peur de grossir même en connaissant la grossophobie intériorisée ? Parce que comprendre intellectuellement un mécanisme ne suffit pas à le déconstruire dans ses actions quotidiennes. C’est un travail identitaire qui prend du temps, souvent aidé par un accompagnement dédié.

