T’es-tu déjà demandée pourquoi tu as autant de mal à honorer ton appétit et ta faim ?
As-tu tendance à taire ou silencer ta faim ?
Si oui, cela vient probablement de la culture des régimes et de la société patriarcale qui pendant longtemps a contrôlé et contenu notre appétit en tant que femmes. L’appétit d’une femme au sens large, a toujours dérangé.
Parce qu’au fond, l’appétit, ce n’est pas qu’une question de nutrition. Si on reprend la définition du dictionnaire : l’appétit, c’est le désir de nourriture, le plaisir qu’on a à manger; mais c’est aussi, plus largement, un désir pressant de quelque chose. Cette notion de désir est centrale, et c’est précisément elle qui dérange quand il s’agit des femmes.
Dans cet article, j’aimerais explorer avec toi pourquoi l’appétit féminin a toujours été un sujet tabou, comment la culture des régimes et la société nous ont appris à le contrôler, le cacher, le juger, et surtout comment commencer à te le réapproprier.
C’est un chemin que je travaille énormément avec mes clientes en alimentation intuitive, en particulier quand il y a un passif de restriction, de TCA ou simplement des années de régimes derrière elles.
Bonne lecture !
🎧 Vous pouvez aussi écouter mon épisode de podcast correspondant ! Dispo sur vos plateformes en tapant « Reset ton assiette »
Vous pouvez aussi le regarder en version filmée sur YouTube ici :
Pourquoi l’appétit des femmes a toujours dérangé
Un conditionnement patriarcal qui commence dès l’enfance
Dans son livre Mangeuses, l’autrice féministe Lauren Malka (que j’ai interviewé sur le podcast !) documente comment les femmes ont historiquement été sous-nourries : cantonnées à manger les restes, servant les autres avant elles-mêmes, mangeant après plutôt qu’à table.
Un conditionnement qui dépasse largement la nourriture : les femmes apprennent à passer leurs besoins en second, à se sacrifier, à ne pas les honorer.
Ce conditionnement commence très tôt dès 3 ou 6 ans, selon la sociologue Françoise l’Héritier au moment où les filles apprennent déjà à modérer leur appétit, à ne pas trop se resservir, à être « raisonnables ».
Le double standard genré face à l’appétit et au plaisir alimentaire
Pendant qu’on apprend aux filles à se restreindre et à ne pas grossir, on encourage les garçons à avoir de l’appétit, à ne pas en avoir peur, à le montrer.
Un garçon qui se ressert, c’est « il grandit ». Une fille qui a très faim, on lui demande « tu es sûre ? ». Ce mécanisme s’inscrit tellement tôt qu’on finit par intérioriser l’idée qu’avoir de l’appétit, pour une femme, n’est pas très bien vu. Et donc, comme toute personne socialisée face à une norme, on apprend à s’y conformer.
L’appétit féminin dans notre mythologie moderne
L’idée que le désir féminin est dangereux ne date pas d’hier ! La figure de la sorcière, les mythes autour du corps des femmes en témoignent depuis des siècles. Mais cette méfiance s’est simplement déplacée vers de nouveaux supports.
Roland Barthes, dans Mythologies, avance que ce sont aujourd’hui les médias et la publicité qui façonnent nos mythes collectifs. Et ces mythes-là racontent une histoire très cohérente sur l’appétit féminin.
La femme qui mange, une figure inquiétante et qui dérange profondément
Dans la pop culture, la femme qui mange beaucoup est souvent montrée comme dangereuse ou vengeresse. La série Insatiable, ou Jennifer’s Body où le personnage de Megan Fox se venge littéralement en dévorant ses agresseurs.
Dans The Substance, le personnage de Demi Moore, privé de son corps jeune et de son statut à Hollywood, se met à manger de façon compulsive : une scène qui montre l’appétit relâché comme une transgression, presque une punition.
À l’inverse, dans la même scène du film, son producteur est filmé en train de dévorer des crevettes avec un plaisir non dissimulé : pour un homme puissant, manger avidement n’est jamais un problème.
Ce que montrent les publicités sur ce qu’une femme « devrait » manger
Regarde les publicités alimentaires : les femmes y mangent des yaourts, des salades et rarement des burgers. Les hommes, eux, sont associés à la viande, à la quantité, à la virilité. Un garçon qui a faim « grandit » ; une femme qui mange beaucoup « se laisse aller ».
Ce déséquilibre traverse aussi les représentations de pouvoir : un roi puissant est montré en plein banquet. Tandis qu’une femme puissante (pense au Diable s’habille en Prada) est montrée en train de ne pas manger, ne boire qu’un café. Plus une femme contrôle son appétit, plus c’est valorisé socialement.
Contrôler l’appétit des femmes, c’est contrôler le pouvoir des femmes
Ce mécanisme ne concerne pas que la nourriture. Une femme qui désire de l’argent, de l’ambition professionnelle, ou qui assume son appétit sexuel se heurte au même type de jugement. Pense à l’expression « croqueuse de diamants », qui ramène encore le désir féminin à une image de dévoration. Un homme ambitieux devient « le loup de Wall Street » ; une femme ambitieuse dérange.
Et c’est là que ça devient politique : une femme qui désire, c’est une femme qui prend de la place, qui bouscule le statu quo.
Contrôler l’appétit des femmes, c’est aussi contrôler leur énergie, parce que l’appétit, au fond, c’est ce qui nous permet de vivre.
Perdre l’appétit est un des signes les plus courants de dépression ; pourtant, on a longtemps présenté le manque d’appétit féminin comme une vertu plutôt qu’un signal d’alerte.
Comment te réapproprier ton appétit et t’affirmer
Si tu te reconnais dans ce schéma : silencer ta faim, te juger d’avoir « trop » d’appétit, questionner sans cesse si tu as « vraiment » faim, commence par ne pas t’en vouloir. En effet, c’est une socialisation profondément ancrée, bien plus ancienne que toi 🙏
La question à te poser n’est pas « comment je contrôle mon appétit », mais « comment je l’écoute ».
De quoi as-tu vraiment faim ?
Repère les phrases héritées (« ne te ressers pas trop », « sois raisonnable ») et la petite voix qui les répète encore aujourd’hui. Et surtout : autorise-toi à désirer : manger, mais aussi tout le reste. Le désir, c’est la force vitale elle-même !🔥
C’est exactement ce travail que permet l’alimentation intuitive : réapprendre à identifier tes signaux de faim et de satiété/rassasiement sans passer par le filtre du contrôle ou du jugement.
Ce n’est pas une méthode de plus pour « bien manger » : c’est une manière de désapprendre des années de conditionnement, pour recommencer à faire confiance à ton corps plutôt qu’à des règles extérieures.
3 pistes concrètes pour réhabiliter ton appétit
Observe les représentations autour de toi (pubs, films, séries) : re
marque quand une femme qui mange est présentée comme un problème, et questionne ce réflexe.
Repère la petite voix du contrôle :
la prochaine fois que tu te juges de « trop » manger, identifie d’où vient cette phrase; c’est rarement la tienne à l’origine.
Mange ce que tu désires vraiment, pas ce qui semble « raisonnable » :
pose-toi la question sans filtre avant de choisir.
Envie d’aller plus loin dans cette réappropriation de ton appétit et de ton corps ? Découvre mon programme Croque, Madame ! ou mon accompagnement individuel RESET. Tu peux aussi commencer dès maintenant avec mon cours gratuit « Libère la mangeuse intuitive en toi ».
FAQ : appétit féminin et contrôle alimentaire
Pourquoi les femmes ont-elles plus souvent tendance à se restreindre que les hommes ? C’est en grande partie un conditionnement social qui commence dès l’enfance. Les filles apprennent tôt à modérer leur appétit, tandis que les garçons sont encouragés à manger davantage, un double standard documenté notamment par l’autrice Lauren Malka.
Le manque d’appétit est-il toujours lié à un trouble alimentaire ? Pas nécessairement, mais une perte d’appétit durable et non désirée est un signal à prendre au sérieux. C’est aussi un symptôme fréquent dans des états comme la dépression.
Comment commencer à réhabiliter mon rapport à l’appétit ? En repérant les croyances héritées (« il faut être raisonnable »). En te reconnectant progressivement à tes envies réelles plutôt qu’à ce qui semble socialement acceptable. Un travail que l’alimentation intuitive permet d’aborder pas à pas.

